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  • Grégoire Jeanmonod

Mobiliser l'attention

Laquelle de ces deux versions est un vrai tableau d'Edward Hopper ?



Vous avez sous les yeux deux images : l’une est une œuvre de Hopper, l’autre un montage. A votre avis ?


Le vrai tableau est en bas.


𝘚𝘰𝘪𝘳 𝘣𝘭𝘦𝘶. Ce tire, emprunté à un poème de Rimbaud, rappelle que Hopper a passé plusieurs années à Paris à ses débuts.


C'est un tableau symbolique, métaphore de la place de l’artiste, peut-être même l'oeuvre manifeste d'un peintre trentenaire qui n’est pas encore célèbre.


Inspiré par son séjour en France, Hopper a personnifié ici les différents profils d'individus qu’il a fréquentés à Paris.


A droite, un couple de bourgeois. A la table du clown, un militaire (avec l’épaulette) et un personnage coiffé d’un béret : c'est un peintre au profil Van-Goghien (son oreille est d'ailleurs « coupée » par la colonne). Derrière, une femme que le maquillage outrancier désigne comme une "fille de joie". A gauche enfin, un personnage aux allures de gangster, généralement identifié comme un proxénète.


Mais surtout, au centre : ce clown déprimé, la clope au bec. Que fait-il là ?


Pour certains, ce clown désabusé est une métaphore de la condition humaine, révélant la mélancolie profonde que tente de faire oublier la fête (suggérée par les lampions.)


Pour d’autres, c'est un autoportrait symbolique d’un Hopper triste et marginalisé, relégué par la société à une place de saltimbanque dérisoire.


Mais quoi qu'on en pense, une chose est sûre : la présence de ce clown est indispensable. Parce qu'elle affirme d'emblée la nature de l'oeuvre : ce n'est pas une scène de genre, mais une allégorie.


Remplacez le clown par une femme attablée comme je l’ai fait, et vous verrez une banale terrasse de café à l’ambiance plombée.


Remettez le clown, et par l'incongruité de sa présence, il vous demandera de réfléchir. Vous comprendrez qu’il y ici quelque chose de l’ordre du symbole, plus important et profond qu’une déprimante soirée de beuverie.


Ce clown n’est pas qu'un personnage, c'est un signal : il nous dit à quoi nous avons affaire, et il réclame notre attention.


La communication est au cœur de toutes nos activités. Que ce soit à des fins commerciales ou pédagogiques, nous passons notre temps à essayer de nous faire entendre et comprendre. Ce que Hopper nous rappelle, c'est qu'il n'y a pas meilleur moyen de capter l'attention que la surprise, l'inattendu, voire l'incongru. Quand ce que nous avons à dire nous tient à coeur, cherchons à interpeller, à détonner, sur le fond ou sur la forme, en annonçant la teneur de notre propos de manière inorthodoxe. Le moyen par lequel nous nous exprimons, notre vocabulaire et notre ton, concourent à donner du poids à notre message. Et parfois, il suffit de quelques mots choisis, comme un clown à une terrasse de café, pour mobiliser l’attention.

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