Edward Hopper

Cape Cod Morning

1950

Stimuler l'imagination

Les œuvres d’Edward Hopper mettent généralement en scène des personnages de la classe moyenne américaine, urbaine ou rurale, livrés à une tâche quotidienne ou plongés dans une réflexion contemplative. Dans Cape Cod Morning, une femme se penche à la fenêtre de sa maison, visiblement intriguée par ce qui se déroule devant chez elle.

 

Comme souvent chez Hopper, ce tableau tire sa force non pas de ce qu’il montre, mais de ce qu’il ne montre pas. En effet, cette femme semble absorbée par un spectacle qui n’est pas visible de nous. Une biche à la

lisière de la forêt? Un inconnu qui s’approche? Un début d’incendie? Des enfants qui jouent? Aucun indice… Le point d’intérêt de la scène est hors champ, et ce qui nous est donné à voir n’est que l’effet qu’il produit sur cette femme. C’est là que réside le talent de Hopper: il nous dit, par le truchement de ses personnages, à quel point ce qui se passe est intéressant… mais il nous laisse libres d’imaginer ce dont il s’agit. C’est donc à nous de compléter la scène en fonction de notre sensibilité: dès que nos yeux se posent sur l’œuvre, nous sommes invités à nous l’approprier. Et il est difficile de résister.

Ce qu'on peut en retenir:

Pour présenter une idée, nous cherchons souvent à argumenter de façon la plus détaillée possible. Pourtant, entretenir une part d’indétermination incite nos interlocuteurs à compléter eux-mêmes notre propos, et ainsi à s’approprier l’idée avancée. Stimuler l’imagination, c’est déjà provoquer l’adhésion.