Eugène Delacroix

Noce juive au Maroc

1839

Tenir un journal de bord

Pendant plus de vingt ans, le peintre Eugène Delacroix, considéré comme la figure de proue du mouvement romantique français, a tenu un journal précis de sa vie, de ses rencontres, de ses réflexions et de ses projets. En consignant ainsi chaque aspect de son quotidien, il se constituait une réserve d'idées et de souvenirs propres à alimenter son inspiration même des années plus tard.

En 1832, alors qu'il est invité à participer à une mission diplomatique française au Maroc, il emporte avec lui des carnets à dessins, des pinceaux et de l'aquarelle. Sur place, pendant six mois, il prend des notes sur tout ce qui l'entoure et réalise des croquis détaillés et en couleurs: tenues, coutumes, architectures, bijoux et objets font l'objet d'abondantes esquisses légendées.

ustensiles font l'objet d'abondantes esquisses légen-dées. D'un mariage juif dans une maison tangéroise aux exercices militaires des cavaliers marocains, en passant par les paysages désertiques et les intérieurs d'appar-tements, rien n'échappe à son sens de l'observation. Grâce à ces carnets Delacroix a pu, même des années

 plus tard, réaliser des

toiles orientales d'une

grande authenticité,

rendantparfaitement

compte de l'atmos-

phère, des couleurs

et des usages carac-

téristiques de la vie

au Maghreb dans les

années 1830.

Eugène Delacroix, Carnet de croquis, 1832

Ce qu'on peut en retenir:

La mémoire humaine a ses limites, et même nos idées les plus prometteuses - celles dont on se dit que nous ne risquons pas de les oublier - finissent par se perdre. Un journal, quelle que soit sa forme, conserve les pensées: en le parcourant a posteriori, on réalise que certaines d'entre elles, dont on n'avait pas immédiatement mesuré la valeur, sont en fait de formidables sources d'inspiration.