Cy Twombly

Summer madness

1990

Apprendre pour désapprendre

Cy Twombly, artiste américain né en 1928, s'est fait connaître dans le monde entier avec des œuvres 

déroutantes, débauches d'énergie entre figu-

ration et abstraction, libérées de toute forme 

de contrôle et d'inhibition. Sur ses toiles, les

empâtements de peinture côtoient des carac-

tères griffonnés à la hâte, parfois raturés, fai-

sant référence à ses sources d'inspiration, 

souvent littéraires, mythologiques ou poé-

tiques. Mais ce qui fait la force de son travail,

c'est avant tout son rejet radical et manifeste

de toute maîtrise du geste: la matière, les

couleurs et les mots s'entrechoquent dans

un chaos exalté, souvent chargé de violence, de sensualité, voire d'érotisme.

Alors que ses œuvres évoquent spontanément des mots enfantins tels que "barbouillage" ou "gribouillage",

                   Twombly était en réalité un dessinateur

                   accompli, formé dans des écoles d'art amé-

                   ricaines aussi renommées que l'Art Students

                   League ou le Black Mountain College. Mais

                   pour trouver sa voie, il s'est efforcé de

                   "désapprendre" les techniques qu'il avait 

                   assimilées. Il avait donc mis au point des 

                   méthodes de travail destinées à forcer

                   l'émancipation de son geste, par exemple en

                   dessinant de la main gauche, dans le noir, ou

                   les yeux bandés. Ainsi a-t-il réussi à libérer

son art, tout en évoquant son apprentissage comme un préalable indispensable à ce processus transgressif.

Cy Twombly

Self Portrait, 1947

Ce qu'on peut en retenir:

La formation, dans quelque discipline que ce soit, est essentielle dans la compréhension des process, des enjeux, des tenants et aboutissants. Pourtant, par définition l'innovation consiste à s'écarter des sentiers battus pour générer de la nouveauté. L'intérêt paradoxal de l'apprentissage est donc en fait de nous donner les moyens de nous en détourner, précisément parce que nous maîtrisons notre sujet.