Paul Cézanne

La Montagne Sainte-Victoire

1902

Recommencer sans se répéter

Rares sont les lieux dont le seul nom fait immédiate-ment penser à un artiste. La Montagne Sainte-Victoire, près d'Aix-en-Provence, est de ceux-là.

En moins de quarante ans - de 1870 à 

sa mort en 1906 -, Cézanne l'a peinte 

plus de 80 fois, à l'huile et à l'aquarelle.

Natif d'Aix, il a certes passé son enfance

en Provence et connaissait parfaitement

la région. Mais comment expliquer cette

obsession pour ce paysage représenté inlassable-

ment au fil de sa carière?

Cézanne répétait que tout peintre devait avoir pour

maître la nature. Pas pour la "copier" - ses paysages

ne sont en rien des tentatives de reproduction au 

sens photographique du terme - mais pour "réaliser 

des sensations". Autrement dit, ce qu'il cherchait c'était la restitution de ce qu'il éprouvait lui-même devant le spectacle de la nature. Et pour mener cette quête qui a 

occupé presque toute sa vie d'artiste, il avait besoin 

d'un sujet qu'il connaissait parfaitement, suffisamment

           en tout cas pour pouvoir se concentrer sur ses

           sensations plus que sur une quelconque réalité

           objective. Il a donc fait de la Montagne Sainte-

           Victoire l'héroïne de cette aventure visuelle. Pein-

           ture après peinture, année après année, il a posé 

           son chevalet aux alentours du massif provençal.

           Mais de toutes ces représentations, aucune ne

                               ressemble vraiment à une autre. Parce

                               qu'il changeait parfois de point de vue,

                               mais surtout parce que peu à peu, il

                               découvrait des choses qu'il n'avait pas

                               comprises jusqu'alors. Ainsi, un jour, il

                               a par exemple écrit s'être aperçu que

                                "l'ombre de la montagne était convexe alors qu'il la croyait concave". Une subtilité qui tient plus du ressenti subjectif que de la topographie, mais qu'il n'aurait jamais saisie sans son incroyable persévérance.

la Montagne Sainte-Victoire, 1887

 la Montagne Sainte-Victoire, 1895

Ce qu'on peut en retenir:

Animés par notre désir légitime de relever de nouveaux challenges, nous rechignons en général à nous livrer à des tâches auxquelles nous nous sommes déjà atelés. Pourtant, l'itération est un excellent moyen d'apprentissage, de découverte, et donc de progrès. Recommencer quelque chose est une occasion d'appréhender la situation sous un angle sensiblement différent, et ainsi de s'enrichir à chaque fois un peu plus.