Elisabeth Vigée-Lebrun

Jeune fille en vert

1930

Cultiver ce qui nous marginalise

Peu de femmes au XVIIème siècle se sont hissées au niveau de de reconnaissance dont jouissaient les plus grands peintres: rarement encouragées à suivre une carrière artistique, elles étaient aussi mal tolérées dans ce milieu quasi exclusivement masculin. Pourtant quelques-unes ont réussi à imposer leur talent, et Elisabeth Vigée-Lebrun fait partie de celles-là.

Fille de peintre pastelliste, elle excellait dans l'art du portrait au point de devenir à seulement 23 ans la peintre officielle de la reine Marie-Antoinette, pour être reçue cinq ans plus tard - chose rarissime pour une femme - à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture. Cette ascension, aussi fulgurante qu'inhabi-

tuelle compte tenu de son sexe, elle la doit évidem-ment à son talent et à son travail acharné, mais aussi à son audace et son intelligence. Car au lieu d'essayer de peindre à la manière des artistes masculins les plus en vue, elle a su faire valoir sa sensibilité féminine en réalisant notamment des portraits de femmes, souvent accompagnées de leurs enfants, dont émanent une douceur et une tendresse particulière. Ainsi la qualité de ses portraits de Marie-Antoinette, pour ne parler que de son modèle le plus illustre, s'explique sans doute par sa capacité à poser sur la reine un regard complice pour voir en elle la femme et la mère, plus encore que la souveraine. Une empathie dont un homme, naturelle-ment, aurait eu du mal à faire preuve.

Ce qu'on peut en retenir:

Dans certains domaines, la non-conformité à une norme donnée semble rédhibitoire. C'est pourquoi lorsqu'un aspect de notre personnalité ou de notre parcours nous apparaît comme un handicap, notre réflexe est d'essayer de le gommer. Pourtant, en cultivant et en accentuant précisément ce qui nous différencie, nous nous donnons une chance d'apporter au monde quelque chose de singulier.