Jean-Auguste-Dominique Ingres

le Bain Turc

1862

Recycler nos propres idées

nu et ces hanches généreuses, ce n'est pas la première

fois qu'Ingres les peints. Plus de 50 ans auparavant,

                 alors qu'il était jeune pensionnaire à l'Acadé-

                 mie de France à Rome, il a déjà mis en scène

                 cette femme, seule, dans une pose quasi

                 identique, dans une oeuvre intitulée la

                 Baigneuse Valpinçon. Et 20 ans plus tard, 

                 fraîchement décoré de la Légion d'Honneur et

                 élu à l'Académie des Beaux-Arts, il l'a repré-   

                 sentée à nouveau sur une toile de plus petit

                 format, baptisée la Petite Baigneuse - Intérieur

                 de harem, où elle apparaissait en compagnie

                 d'autres femmes dans des vapeurs de ham-mam. De la chaste baigneuse solitaire de ses débuts à la joueuse de luth entourée d'esclaves langoureuses de ses vieux jours, Ingres a convoqué cette femme à plusieurs reprises sans pour autant jamais se répéter.

Jean-Auguste-Dominique Ingres a déjà 82 ans lorsqu'il termine cette œuvre figurant l.'intérieur d'un harem oriental. Pas moins d'une vingtaine de femmes

nues, alanguies dans des poses d'une lasciveté

provocante, s'exposent sans la moindre pudeur

au regard du spectateur. Le tableau, dont la

sensualité fascinera autant qu'elle choquera

les contemporains du peintre, sera finalement

acquise par l'ancien diplomate turc Khalil Bey,

grand collectionneur de peintures érotiques.

Parmi toutes ces femmes, un corps à la carna-

tion légèrement plus matte que les autres, se

détache au premier plan. Coiffée d'un turban, l'oda-

lisque joue du luth en nous tournant le dos. Elle est la seule dont le visage nous est dissimulé, et pourtant c'est vers elle que notre regard se dirige. Mais ce dos 

la Baigneuse Valpinçon, 1808

Ce qu'on peut en retenir:

Quand une idée est bonne, elle mérite d'avoir plusieurs vies. Même lorsque nous cherchons à nous renouveler ou à innover, il est parfois utile de se souvenir de nos projets passés. Parce qu'une fois concrétisées, ces idées restent disponibles pour être reprises, détournées, transformées, transposées, approfondies ou prolongées... même des années plus tard.