Frida Kahlo

la Colonne brisée

1944

Recourir à la force de l'analogie

En 1944, la peintre mexicaine Frida Kahlo souffre depuis 20 ans déjà de douleurs lancinantes. Adolescente, elle a été victime d’un terrible accident de tramway: son corps a été transpercé par une barre de fer, laissant sa colonne vertébrale irrémédiablement endommagée. Depuis, elle a subi des dizaines d’interventions chirurgicales et passé des mois alitée, le torse enserré dans des corsets en plâtre ou en cuir, sans espoir de rétablissement. A tel point que la souffrance est devenue, selon ses propres termes, "une condition à son existence".

Dans la Colonne brisée, elle relève un défi impossible : rendre compte de ce supplice permanent. Mais comment dire la douleur en image? Comment faire comprendre au premier coup d’œil la nature de son mal? Frida Kahlo répond par l’analogie: en substituant à sa colonne vertébrale une colonne antique en ruine, elle dit à la fois sa fragilité et la menace d’une dégradation fatale. La colonne d’un monument a pour vocation de le soutenir: si elle s’effondre, c’est tout l’édifice qui s’écroule. C’est exactement ce que vit Frida Kahlo au quotidien: la souffrance… et la peur que son dos ne cède définitivement.

Ce qu'on peut en retenir:

Il est difficile de communiquer sur des sujets complexes. Faute de temps ou de mots pour dire les choses simplement, nous optons souvent pour des discours techniques et alambiqués, sans se soucier réellement de leur impact sur nos interlocuteurs. Recourir à des analogies permet de donner de la concrétude à nos idées, et de s’assurer de leur compréhension immédiate.