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  • Grégoire Jeanmonod

Les Raisins de la Colère encore et toujours...


La détresse des agriculteurs qui inonde nos médias m’a rappelé une autre crise, dont les images ont frappé en leur temps toute l'Amérique.


Continent différent, époque différente, contexte différent… mais des enjeux pas si lointains, après tout.


Nous sommes en 1937 aux Etats-Unis. Au coeur de la Grande Dépression.


Certains états ruraux sont particulièrement en difficulté. Non seulement ils souffrent des effets de la crise, mais en plus ils subissent un phénomène météo appelé Dust Bowl. Des périodes de sécheresse inédites favorisent la formation de tempête de sable qui ravagent les cultures et déciment le bétail.


Des milliers de fermiers prennent la route en laissant tout derrière eux. Des familles entières jetées sur les routes, migrant vers la Côte Ouest où elles espèrent refaire leur vie.


Le gouvernement Roosevelt décide alors de créer la FSA – Farm Security Administration. L’idée ? Aider les paysans à grands renforts de subventions. Le problème, c’est que ces mesures sont perçues par les propriétaires terriens comme une concession inacceptable à l’idéologie socialiste. Le Rêve Américain c’est bien beau, mais l’utopie a ses limites. Résultat : le Congrès rechigne à valider les projets de la FSA.


C’est alors que naît une idée surprenante.


Plutôt que de se battre avec des arguments économiques, la FSA se dote d’une « section photographique », dirigée par un certain Roy Striker. Ce dernier sélectionne une poignée de photographes chargés de documenter le sort de ces paysans. Parmi eux : Dorothea Lange, dont quelques clichés sont reproduits ici.


Le but, c’est de sensibiliser la population au sort de ces fermiers pour faire céder le Congrès.


Ces photos sont bouleversantes d’humanité. Parce que le parti pris, c’est de montrer le drame humain, les paysans accablés, les ouvriers désœuvrés, les familles désespérées.


Pas par misérabilisme, mais parce que Striker a compris une chose : le seul argument qu'il puisse valablement opposer aux réticences politiques, c'est le regard d'une mère qui ne sait pas comment elle va nourrir ses enfants.


Ces images devaient rappeler aux Américains que derrière les considérations économiques et les divergences politiques, il y avait des vies en jeu. Des hommes et des femmes qui avaient tout sacrifié à leur travail et qui, sans un élan de solidarité, ne pourraient jamais se relever.


Evidemment, il serait maladroit de comparer l’exode des victimes du Dust Bowl avec le sort de nos agriculteurs… Mais s’il y a une leçon à tirer de ces photos, c’est celle-là : au bout de la chaîne des décisions politiques et administratives, il y a des vies humaines, parfois de la peur, souvent de l'inquiétude, toujours des espoirs.

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