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  • Grégoire Jeanmonod

Et si on investissait dans la fierté ?


Nom: Claude Gellée


Surnom: le Lorrain (parce qu'il venait de... Lorraine. Bien vu.)


Epoque: XVIIème siècle


Fait particulier: il a passé sa vie en Italie, où il est devenu un maître adulé dans l'art du paysage.


Arme secrète: le Liber Veritatis (le Livre de la Vérité). Kezako? Je vous explique.


Si les paysages du Lorrain ont connu un succès exceptionnel, c'est qu'il étaient largement idéalisés.


Son truc, c'était de se balader dans la campagne romaine, papier et fusain à la main, pour croquer un arbre, une ruine, une colline... Puis, en atelier, il agençait ces motifs sur la toile pour composer des paysages aussi harmonieux que possible.


Mais l'idée géniale du Lorrain, c'est le Liber Veritatis (ou LV, pour faire court). Un recueil de 200 dessins figurant autant de toiles exécutées par l'artiste lui-même sur plus de 40 ans.


Un carnet de croquis? Non. Car ces dessins ne sont pas des travaux préparatoires précédant la réalisation des tableaux. Ce sont des reproductions d'œuvres déjà achevées. Avant d'envoyer une toile à son commanditaire, il se donnait la peine d'en consigner l'aspect précis.


Pourquoi faire?


L'auteur n'étant plus là pour répondre, je vous livre les hypothèses du plus grand spécialiste du Lorrain, l'historien de l'art Michael Kitson.


D'abord, c'était un moyen de lutter contre les faux. Alors que des peintres filous signaient leurs toiles de son nom pour les vendre à prix d'or, le LV permettait d'authentifier les "vrais" Claude Gellée.


Ensuite, le LV était une source d'inspiration pour le peintre lui-même. Toile après toile, il s'est constitué un répertoire de motifs réutilisables à souhait.


Autre utilité: le LV était un portfolio qui permettait au peintre de convaincre ses "prospects". Les sites web étaient peu répandus à l'époque.


Enfin - et c'est le plus important selon Kitson - le LV était pour le Lorrain un moyen de cultiver un sentiment de fierté. Avec ces dessins, l'artiste s'offrait un catalogue attestant de son talent... à ses propres yeux.


Voilà ce qui fait du LV un objet magique: il suffisait au peintre de s'y plonger pour prendre la mesure de son parcours, de ses accomplissements, de son œuvre... et se sentir fier.


Nous partageons tous ce besoin.


Nous gagnerions à garder une trace de nos projets et de nos succès, grands et petits. Parce que c'est dans nos réalisations passées et la fierté que nous en tirons, que nous trouverons l'énergie nécessaire pour envisager l'avenir.


Il est question d'estime de soi, de confiance, et de lucidité quant à nos capacités. Des ressources indispensables à notre équilibre comme à nos performances.


Alors voilà mon conseil: ouvrez un fichier sur votre ordinateur ou prenez un simple cahier, baptisez-le "Liber Veritatis"... et remplissez-le.

1 Comment


lvareille
Mar 31

Nombreux sont ceux et celles qui trouvent un véritable levier de développement personnel et professionnel dans la tenue d’un journal.

Polaroïd de leurs vies et Tachygraphe de leurs progrès lorsqu’ils prennent le temps de s’y replonger.

C’est peut-être un peu cela que le Lorrain cherchait avec son Liber Veritatis.

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